Et rester vivant - Jean-Philippe Blondel (France)

Publié le par Mack

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Résumé : 

"Depuis, quand on me croise, on compatit. On me touche le coude, on m'effleure le bras, on refoule des larmes, on me dit que c'est bien, que je suis courageux, que ça va aller, hein ? Je ne réponds pas. Je laisse glisser. Je continue d'enchaîner les longueurs dans ma piscine intérieure et je fais attention à ce que le chlore ne rougisse pas mes yeux."
Avoir vingt-deux ans - et plus aucune attache. Rouler sur les routes californiennes. Vivre des rêves éveillés et des cauchemars diurnes. Comprendre que l'important, désormais, c'est de continuer coûte que coûte. Et de rester vivant.

 

Chronique :

Piou ! J'ai découvert Jean-Philippe BLONDEL (JPB) l'an dernier avec G229, un texte touchant, émouvant, drôle... Dans lequel l'auteur nous parle de son quotidien de prof, entre passé et présent. JPB n'en est pas à son coup d'essai et ne s'est pas arrêté là. Sortie en 2011, Et rester vivant ne m'a pas interpellé lors de sa sortie. Je crois me souvenir qu'il était en course pour des prix et, comme il m'est déjà arrivé de le dire, cette seule caractéristique me bloque parfois dans le choix d'un livre. En plus, le thème me semblait tristounet et je pense que je n'avais pas encore lu le fameux G229, plus léger, pour me familiariser avec le style de l'auteur. Cette année, son nouveau roman, 06h41, a attiré mon oeil mais le résumé ne m'a pas convaincu, par contre, le poche, tout juste paru, de Et rester vivant en a profité pour me sauter dans les mains. J'ai été surprise de voir qu'il portait un coup de coeur de la libraire, je l'ai ouvert, ai lu quelque chose comme... Deux lignes et demi et ai emporté le petit bouquin chez moi ! Je l'ai dévoré.

Parce que ce que je n'ai pas dit concernant l'écriture de JPB c'est à quel point il est fluide ! En fait, en plus de voyager dans le temps, on est porté par la poésie autant que par le vocabulaire, soigné, abordable, familier. Et les phrases. Courtes. Sentencieuses. Limpides. Tout est là.

Autre point, plutôt étonnant, les deux écrits qui m'ont été donnés de lire sont tout ce que je n'aime pas habituellement ! Surtout le deuxième. Largement autobiographie, et pas dans la joie et l'allégresse, c'est le genre de livres à me tomber des mains. En temps normal, je fuis cette écriture de soi, si courante aujourd'hui, comme la peste. C'est peut-être une des choses qui m'a éloigné de ce livre à se sortie d'ailleurs. Pourtant, ici, c'est beau. C'est élégant, sans apitoiement. Et c'est parlant. Les images, les décors nous emmènent loin du quotidien et de sa médiocrité alors même que le thème est si lourd. Ce road trip inattendu, nous entraîne très, très loin de la douleur.

Ajoutons que Et rester vivant nous éclaire sur le parcours de l'auteur et laisse finalement un sérieux souffle d'espoir quand on voit ce que la vie lui a apporté après lui avoir tant pris. Encore un très bon moment de lecture grâce à JPB.

 

Citation :

"Lorsque vient le moment, elles [les couleuvres] se régénèrent. Elles se débarrassent de leur ancienne peau et l'abandonnent. Elles n'en ont plus besoin. Mais il ne faut pas croire [...] la mue, c'est un processus long et difficile. Cela prend des heures, des jours parfois. Et c'est douloureux. Alors, après, leur ancienne enveloppe, elles sont contentes de la quitter. Je suis resté perturbé pendant quelques semaines. Je suis allé vérifier dans les livres de la bibliothèque. Nulle part il n'était fait mention de mue dans l'existence humaine. Ni de douleurs pour se débarrasser de son épiderme. Ça devait être un truc de serpents. J'étais rassuré."

 

Édition Pocket - 2013 - p. 156



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